SELECTION OFFICIELLE / COMPETITION INTERNATIONALE   FIDMARSEILLE 2009

première française

     

LUNCH BREAK

Sharon Lockhart

Mention spéciale du Grand prix de la Compétition Internationale

> palmarès 2009

 

ÉTATS-UNIS
2008
Couleur
35 mm
83’

Version originale
Muet
Musique
Becky Allen
Image
Richard Rutkowski
Son
Becky Allen, James Benning
Montage
James Benning

Production
Clay Russell Lerner
Distribution
Arsenal - Institut für Film und Videokunst e.V.

Filmographie
EXIT, 2008
PINE FLAT, 2005
NO, 2003
TEATRO AMAZONAS, 1999
SHIRLEY, 1999
GOSHOGOAKA, 1997
KHALIL, SHAUN, A WOMAN UNDER THE INFLUENCE, 1994

   

Un cadre se met lentement en marche : fausse immobilité, passage de la photo dans le cinéma, et inversement. Depuis fin 90, l’américaine Sharon Lokhart mène de front photographie et cinéma, interrogeant un médium au risque de l'autre au fil de projets soucieux d'une approche anthropologique. Lunch Break, tourné dans un chantier naval de l'US Navy à Bath, dans le Maine, se nourrit de cette recherche. En un parti pris tranché, Lokhart a choisi de retenir un lieu, un temps : la pause déjeuner des travailleurs, assis à déballer leur gamelle le long d’un couloir interminable au milieu des machines, filmé en un seul travelling au ralenti. S'offre au regard un enchaînement de saynètes : prendre son casse-croûte, mais aussi lire, habiter vaguement ce temps mort, échanger des propos inaudibles par force. Fresque de la vie en usine en condensé, le film oscille entre concentration du regard et dispersion de l'attention, entre jouissance scopique et traversée dans la profondeur de l'espace social. On l’aura saisi, les ouvriers ne sortent plus de l’usine, ils y font corps, mais sans y adhérer, inclus à la manière d’insectes pris dans un ambre qui leur autoriserait encore quelques battements.
On songera au Wavelength de Snow, long zoom avant plongeant dans une photographie. Mais Lockhart, substituant le travelling au zoom, creuse un espace opaque en une mise à l’épreuve du réel comme du médium. Répétitions et variations, rythmées par une bande-son signée Becky Allen et James Benning, qui mêle musique, sons industriels et voix, c'est une ascèse d’un regard pris dans la matière de la durée à laquelle nous convie Lockhart. Semblable exercice d’observation nous rappelle l'infinie possibilité de nouer sublime et banalité, expérience esthétique et enjeux sociaux, tâche jamais épuisée, toujours à reprendre.

Nicolas Féodoroff

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